Agir et transformer avec l’économie sociale et solidaire (ESS)

L’heure n’est plus au simple discours sur la nécessité de la transition mais à la mise en œuvre effective de la transformation. L’ESS a précisément la capacité de répondre à une telle demande sociale forte et c’est toute l’intention de ce pôle « Agir et transformer » qui vient systématiquement associer au pôle des « valeurs et principes de l’économie sociale et solidaire (ESS) » des actions concrètes et transformatrices.

Ici, les films choisis témoignent de solutions imaginées et portées par l’ESS qui sont classées selon les besoins et les droits universels auxquels elles répondent. Il s’agit de se réapproprier des verbes essentiels de nos vies (s’alimenter, habiter, grandir, guérir et soigner, bouger…), des modes d’agir dont nous avons peu à peu perdu le sens véritable tant il a été accaparé, monopolisé et dévoyé par le système dominant de l’économie de marché. Les actions portées par l’ESS rétablissent leur profonde capacité émancipatrice, en vue d’une société plus juste et d’une planète plus durable.

S’alimenter

Le droit à une alimentation durable et solidaire est un droit humain reconnu internationalement qui correspond au droit fondamental d’avoir, en tout temps, un accès physique et économique régulier, permanent et libre à des aliments en quantité et en qualité suffisantes, dans le respect des traditions culturelles du peuple dont chacun est issu. « L’essor des réseaux alternatifs alimentaires locaux constitue une réaction à l’industrialisation et au productivisme des systèmes agro-alimentaires globalisés. (…) Ils sont fondés sur des relations qui sont habituellement associées à des localisations géographiques particulières et des cadres éthiques qui cherchent à traiter tout un ensemble de questions incluant le transport des denrées alimentaires ou l’utilisation de produits agrochimiques, la santé humaine et le bien-être animal, les pratiques (non-)éthiques (aux niveaux local et global) et l’exploitation de la force de travail. Les trois piliers de la durabilité, environnemental, économique et social, sont pris en compte. » (1)

Sont donc répertoriés ici des films qui portent sur les initiatives de l’ESS venant renforcer la souveraineté alimentaire, développer les circuits courts et les marchés alimentaires solidaires, locaux et équitables, mais aussi des films qui donnent à voir les diverses façons qu’ont les peuples du monde de produire pour se nourrir ou encore les projets de récupération alimentaire et de lutte « anti-gaspi ». Ces différents films sont le reflet de la transition alimentaire en cours et permettent aux citoyens et citoyennes de s’informer et de mieux comprendre les enjeux agricoles et alimentaires en France et dans le monde, afin de participer à la co-construction de systèmes alimentaires durables et solidaires et au renforcement du droit à l’alimentation.

(1) Site Socioeco

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Habiter

Habiter c’est « faire sa demeure, son séjour quelque part », « rester », « séjourner ». Étymologiquement, habiter est lié à habituari d’où découle le terme d’habitus, cette « manière d’être » qui deviendra un concept clé de la sociologie française et sera particulièrement développé par Bourdieu qui le définit comme un « système de dispositions réglées » qui permet à un individu de se mouvoir dans le monde social et de l’interpréter d’une manière qui lui est propre tout en étant commune aux membres des catégories sociales auxquelles il appartient.

Ainsi, « habiter » est un terme riche de significations qui ne se limite pas à l’habitat lui-même, « à l’action d’être logé, mais déborde de tous les côtés et l’« habitation » et l’« être », au point où l’on ne puisse penser l’un sans l’autre » ; « habiter » c’est déployer notre être dans le monde qui nous environne et auquel on apporte notre marque et qui devient nôtre, un monde qui n’est pas seulement physique mais également humain (1).

Outre le droit au logement (et à un logement décent) que nombre de structures de l’ESS défendent par leurs actions, il s’agit d’explorer ici, par le cinéma, les multiples façons de réinventer notre façon d’« habiter » aujourd’hui, que ce soit notre foyer, mais aussi les espaces urbains et, plus largement les territoires, dans une dynamique visant à mieux vivre demain, ensemble.

(1) Thierry Paquot, « Habitat, habitation, habiter… Ce que parler veut dire », Informations sociales, 2005/3 n°123, pp. 50 et 54

Sentiers :

Grandir

« Aucun de nous ne sait ce que nous savons tous, ensemble » - Euripide

Grandir, c’est apprendre – un autre verbe qu’il devient urgent de se réapproprier. Apprendre en s’éduquant et en se formant autrement ; apprendre des autres et de l’ailleurs pour ne pas rester dans l’entre-soi et ainsi pouvoir décloisonner et faire circuler les savoirs ; apprendre en s’informant différemment grâce aux médias alternatifs, citoyens et indépendants, ces médias qui se font les garants du droit à informer et à s’informer afin que chacun puisse développer son esprit critique et agir en connaissance de cause. Grandir, c’est apprendre pour ensuite mieux transmettre et partager.

Le projet de l’ESS revêt une dimension pédagogique dès sa structuration au XIXe siècle. Ainsi, « s’adressant en premier lieu aux ouvriers qui n’avaient pas la possibilité d’aller à l’école, la création de bibliothèques ouvrières, de journaux ouvriers et d’universités populaires a permis à cette classe ouvrière de s’émanciper tout en apprenant à coopérer. Substitut à l’école dans un premier temps, puis objet de lutte pour une école publique gratuite et obligatoire à l’époque des lois de Jules Ferry, le projet pédagogique de l’ESS se restreint [cependant] au XXe siècle pour finalement faire disparaître la notion de coopération des programmes scolaires de l’école de la République. L’éducation à l’ESS réapparaît pourtant dans le paysage scolaire ces dernières années grâce à de nombreuses initiatives impulsées conjointement par les acteurs de l’ESS et de l’enseignement pour renouer avec les valeurs fondamentales véhiculées par cette ‘autre manière d’entreprendre’ et les transmettre aux mieux aux jeunes générations. » (1)

Les films réunis dans les sentiers qui suivent mettent tous en avant des initiatives et actions innovantes de l’ESS dans ces différents domaines, qu’il s’agisse de repenser l’enseignement scolaire traditionnel (dans sa forme et dans ses contenus), de renforcer l’éducation populaire, de proposer de tout nouveaux modèles de formations et d’échanges de savoirs, ou bien de mieux faire connaître les médias alternatifs et citoyens qui s’efforcent de garantir un accès égalitaire à une information riche et plurielle qui ne soit pas transformée en un simple produit de consommation et de profit.

(1) Sophie Bordères, « L’ESS à l’école pour expérimenter le ‘faire ensemble’ et élargir sa vision du monde », Labo de l’ESS, 2020

Sentiers :

(Se) soigner et guérir

« Pouvoir accéder à un soin, en prévention de la maladie ou malheureusement lorsqu’elle est déjà là, en temps et en heure, quel que soit son niveau de richesse, son origine, son âge, son genre, ou son niveau d’éducation, est un des grands déterminants de la santé humaine. » - Romain Guerry (1)

Aujourd’hui, l’accessibilité aux soins est globalement de plus en plus inégalitaire, que ce soit d’un point de vue économique (baisse progressive des remboursements par la sécurité sociale dans les pays où celle-ci existe, augmentation tarifaire des complémentaires santé), géographique (accentuation du phénomène de « déserts médicaux » et engorgement des hôpitaux) ou social (inégalité de l’accès aux soins du fait de déterminants sociologiques). Les structures de l’ESS œuvrant dans le domaine de la santé constituent une offre de soins efficiente s’appuyant sur la non-lucrativité et la démocratie participative, faisant passer l’humain avant la recherche du profit et instaurant des modèles économiques pérennes. En privilégiant la mise en place de services à destination du plus grand nombre, elles apportent surtout des réponses concrètes à l’accroissement des inégalités dans l’accès aux soins.

Mais les structures de l’ESS invitent également à repenser la notion même de « santé » dans son acception plus globale qui, comme l’indique déjà l’OMS en 1946, est un état de « bien-être physique, mental et social […] qui ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité ».

Ce sont ces innovations et solutions concrètes portées par l’ESS qui sont à découvrir dans les films répertoriés ici. Ils incluent le nécessaire rappel de l’origine de l’assurance santé/sécurité sociale, les initiatives historiques des mutuelles mais aussi la découverte d’alternatives contemporaines visant à pallier les déficiences des systèmes publics de santé qui sont de plus en plus mis à mal de par le monde. Aux côtés et en complément des professionnels libéraux et du secteur public, l’ESS vient ainsi enrichir la palette des solutions à offrir au plus grand nombre.

(1) Romain Guéry, cité dans Un système de santé pour toutes et tous, ancré dans les territoires, Le Labo de l’ESS, 2021

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Bouger

Garantir le droit à la mobilité pour toutes et tous implique la mise en place des conditions nécessaires à un accès égalitaire aux ressources diversifiées d’un territoire donné. L’inaptitude à la mobilité, quelles qu’en soient les causes, devient très vite un important facteur d’exclusion sociale et de discrimination : notre liberté de mouvement dépasse donc largement la simple question de l’infrastructure des transports.

D’autant que cette mobilité revendiquée – qu’elle vienne répondre à un besoin personnel ou professionnel, qu’elle soit volontaire ou contrainte – doit être pensée et déclinée afin d’être la moins climaticide possible. Et tandis que l’aspiration à la liberté de circulation continue de gagner du terrain à travers le monde (que ce soit, de façon légitime, au niveau des personnes mais aussi en ce qui concerne les biens matériels et les marchandises, les idées et bien sûr les images), les projets portés dans le champ de l’ESS et de la transition nous invitent à systématiquement intégrer l’impact écologique mais aussi humain de nos activités dans nos décisions de mouvement.

C’est notamment le cas (même si ce n’est pas le seul exemple) dans l’opposition particulièrement forte et contradictoire entre, d’un côté, un tourisme de masse de plus en plus défendu comme un droit universel (faisant fi, au passage, de ses ravages) et, de l’autre, un droit affirmé par les États-Nations à pouvoir choisir les populations étrangères qui seraient autorisées à résider sur leur territoire (et donc à exclure celles dont la liberté de circulation s’en trouvera entravée). Ou quand un droit revendiqué pour toutes et tous devient en réalité l’unique privilège de quelques uns…

Les films de ce chemin s’intéressent aux nombreuses initiatives de l’ESS visant à faire sortir de l’immobilité celles et ceux qui la subissent tout en n’oubliant pas de réfléchir aux excès de notre propre mobilité et en proposant des solutions pour y remédier.

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«  Faire culture  » ensemble

Le concept de culture « ne saurait se limiter au champ d’action des professionnels de la culture ni aux politiques publiques spécifiques à ce champ », ni aux seules incarnations artistiques, même s’il les englobe évidemment (1). Le terme de « culture » tel qu’entendu ici s’inscrit dans la définition de la Déclaration de Fribourg, et recouvre « les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement » (Déclaration de Fribourg, art.2.a).

C’est donc à un décloisonnement du concept de « culture » qu’invitent les acteurs et actrices de l’ESS investies dans la défense des droits culturels, appelant à un changement de paradigme global et à la nécessité d’échapper à l’enclavement sectoriel des politiques culturelles publiques : plutôt que de faciliter un certain accès à la culture, il s’agit de faire émerger et de rendre visibles toutes les cultures. Ainsi, défendre et promouvoir les droits culturels, c’est en réalité défendre notre capacité à « faire culture » ensemble – y compris d’ailleurs dans le domaine économique, l’économie étant imbriquée dans tout système socio-culturel et n’évoluant jamais de façon isolée et autonome : toute production et répartition des richesses est en effet fondamentalement culturelle et n’obéit jamais à un seul modèle prétendument « naturel » ou universel, quoi qu’en disent celles et ceux qui défendent le dogme capitaliste.

Le cinéma, lui-même produit et producteur de culture(s), donne à voir les incarnations concrètes de ce changement de paradigme initié par les droits culturels et dans lequel la réciprocité et l’horizontalité sont de mise. La culture telle que l’envisagent les films réunis ici s’extrait des dynamiques marchandes classiques et se façonne dans une démarche de co-construction, de réciprocité, de solidarité et de respect des diversités. Suivant une démarche inversée par rapport au modèle dominant, ces démonstrations et mises en pratiques concrètes des droits culturels remettent en cause toute politique culturelle descendante (qui viserait à apporter/offrir de la culture à des personnes qui seraient alors considérées comme dépourvue de culture ou qui subissent la vision péjorative que les autres ont de leurs cultures) et invitent à déconstruire notre vision d’une pseudo « démocratisation de la culture ». Dans ces cas pratiques que les films font défiler devant nos yeux, l’offre seule ne fonctionne pas, il s’agit plutôt de « faire relation » entre les différentes personnes impliquées, chacune étant force de proposition culturelle puisqu’elle-même porteuse et créatrice de culture.

(1) Groupe de travail Culture Communs Solidarités, « Recherche-action : Pour une démarche de progrès autour des droits culturels », 2018

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Travailler

L’ESS, en tant qu’« économie de la proposition » et « organisation de recherche de solutions collectives » située « au cœur de la transformation des rapports au travail et des rapports de travail […] ne cesse de penser ou de rénover des façons d’être employeur dans le souci de préserver ou de développer la solidarité collective. » (1) D’autre part, si « travail » et « emploi » sont utilisés de façon interchangeable dans le langage courant pour désigner la façon dont nous gagnons notre vie, ils signifient des choses en réalité très différentes, l’emploi n’étant qu’une forme de travail très spécifique, un travail effectué en échange d’un salaire ou d’un profit.

Les films réunis dans ce chemin s’intéressent ainsi à la façon dont l’ESS redonne au travail son sens plus large d’activité exercée par des personnes quel que soit leur sexe, leur âge ou leur origine et afin de produire des biens ou de fournir des services, qu’ils soient destinés à l’usage d’autrui ou à son propre usage. En incluant ainsi tous les types de travail (qu’il s’agisse d’emplois ou non), ces initiatives nous aident à prendre en compte leur impact important sur la production, l’économie et, plus généralement, sur toute la société.

(1) Arnaud Lacan, À la reconquête du travail durable, L’économie sociale et solidaire en pionnière, Éditions Les Petits matins, 2021, p. 14

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Produire, consommer, échanger

Produire consiste à créer des biens et des services destinés à être échangés et/ou consommés. La production est marchande si elle est vendue sur un marché à un prix supérieur aux coûts de production. La production est non marchande lorsqu’elle est gratuite ou vendue à un prix inférieur à la moitié des coûts de production. Depuis longtemps, de petites entreprises du secteur coopératif, des associations, des groupes d’individus solidaires mènent des activités économiques sans but lucratif et proposent des services non pourvus par le secteur marchand et/ou monétaire, créant des emplois et des structures durables tout en participant au renforcement du tissu social.

En complément des films répertoriés sur le chemin « S’alimenter », cette section s’intéresse plus largement aux initiatives de l’ESS et de la transition pour lesquelles la production et la consommation de biens et de services ne sont pas réductibles au seul profit commercial, à la seule recherche de valeur octroyée par une vente sur le marché. Les possibilités sont en réalité très variées et peuvent émerger des domaines marchand ou non marchand, monétaire (à but lucratif ou pas) ou non monétaire, que l’on se trouve dans la sphère privée domestique ou dans la sphère publique. Les films répertoriés ici montrent que l’économie sociale et solidaire est plus complexe que sa classification en « tiers-secteur » laisse souvent entendre, se situant en effet à la fois du côté marchand (par exemple avec les SCOP) et non marchand (dans le cadre des associations ou des fondations). Ils montrent également au passage que le secteur non marchand ne saurait être l’apanage des administrations publiques. Le cinéma donne également à voir la façon dont les structures de l’ESS s’efforcent de produire de manière durable, s’inscrivant dans la dynamique de la transition énergétique et rompant avec le modèle de l’économie linéaire en limitant la consommation et les gaspillages de ressources (matières premières, eau, énergie) ainsi que la production des déchets.

Sentiers :

(Se) Financer

Paiement, prêt, épargne, assurance… les structures de l’ESS sont présentes à tous les échelons du secteur financier, que ce soit au niveau des individus, des ménages, des entreprises (publiques ou privées) ou encore des États. Régler ses achats grâce à une monnaie locale, solidaire et complémentaire ; inclure les populations qui se voient d’ordinaire refuser des prêts par le secteur financier traditionnel ; décider de financer et d’investir dans des projets sociaux ou environnementaux grâce à des dispositifs spécifiques… L’ESS donne un nouveau sens à ces différentes opérations économiques et, par ses actions, elle insuffle à la finance (qu’elle soit d’entreprise, de marché, publique ou individuelle) les valeurs de confiance et de solidarité.

Des films témoignent de cette double volonté, de plus en plus forte aujourd’hui, à la fois de financer les structures de l’ESS et de se financer grâce à elles. Parmi les facteurs ayant favorisé le développement de ces initiatives, on peut par exemple citer l’essor des nouvelles technologies, mais aussi l’évolution de la législation publique et, sans aucun doute, la prise de conscience collective des enjeux sociétaux et environnementaux sur nos différents territoires. Mais le cinéma nous permet également de nous souvenir que la solidarité financière est beaucoup plus ancienne que cela, faisant partie intégrante de bon nombre d’organisations collectives qui se sont structurées depuis longtemps autour de logiques financières alternatives comme la logique de partage ou celle de mutualisation.

Sentiers :

Justice  !

« Nous appellerons donc justice un état social où chaque individu reçoit toutes ses chances au départ et où la majorité n’est pas maintenue dans des conditions indignes » - Albert Camus (1944)

Sentiers :